EVERYBODY COMES TO NOLLYWOOD…
par VINCENT BOUCHERON

Petit test. Si je vous demande quelle est la troisième puissance du cinéma mondial derrière l’Inde et les Etats-Unis, vous me répondez quoi ? La France ? Non. Le Japon ? Non, non et renon. L’Italie ? Pffff vous dites vraiment n’importe quoi les gars, j’ai l’impression d’être sur TF1… La Chine ? Encore moins bande d’ignares !

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Non contre toute attente, c’est le Nigéria. Eh oui, un pays africain. Ca vous en bouche un coin, hein ? Nollywood (c’est comme ça qu’on appelle La Mecque du cinéma africain) produit plus de 2000 films par an, pour un budget total de 20 millions d’euros et touche un public de 300 millions de spectateurs et fait vivre 300.000 personnes (à titre comparatif, la France a produit 240 films en 2008 pour un budget total de 1.5 milliards d’euros !). Ce qui explique la vitalité de ce cinéma, c’est le fait qu’il soit produit directement pour le marché vidéo (les films sortent sur VHS). Alors que les deux tiers de la population vivent avec moins de 1 dollar par jour, 70 % des Nigérians ont malgré tout accès à un magnétoscope collectif, et les cassettes sont tellement bon marché que toute contrefaçon est impossible.

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Ce cinéma est  très fortement soutenu par l’Eglise Evangéliste (Mount Zion Faith Ministries est le plus grand studio de Lagos) : la plupart des films produits sont des films religieux… Et si c’est pas un métrage évangéliste, vous avez de forte chance qu’il s’agisse d’un film d’amour à base de lutte des classes, que à côté, les romans Arlequin c’est Penthouse en plus hardcore et Barbara Cartland c’est carrément Virginie Despentes… Ou sinon, vous avez le remake « couleur locale » de blockbusters américains… Bref, dire qu’on verra un film « made in Nollywood » à Cannes l’an prochain serait pourtant se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : très mauvaise qualité technique, production médiocre, aucun auteur (au sens occidental du terme) émergent…

Peu de chance de voir ici un film Nollywood, la diaspora nigériane n’est pas aussi active que la diaspora indienne : il n’existe donc pas de marché « parallèle », aucun circuit de diffusion et l’objet en lui-même (la bonne vieille VHS) complètement inadapté à nos modes de consommation.

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Je vous conseille de vous ruer sur l’excellent livre du photographe Pieter Hugo paru aux Editions Prestel. C’est un petit bijou.

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Une réponse à “EVERYBODY COMES TO NOLLYWOOD…”

  1. [...] Hugo -who has previously been mentionned in this blog by Vincent- is a South African photographer. It is precisely in Lausanne that I first discovered his powerful [...]