Pas plus tard qu’hier je rentrai chez moi avec un énorme bouquet de fleurs que je m’étais offert (ouais je suis comme ça, ma love life est à peu de chose près proche du zéro absolu, je m’achète moi-même des fleurs, et parfois je me les fais livrer au bureau, mais ça c’est un autre problème sur lequel je ne vais pas m’étendre ici. merci). Je crânai dans la rue, les gens me regardaient avec un air complice, bref je me la pétai sévère.

Puis une petite voix a commencé à hurler dans ma tête (oui j’ai aussi des voix qui hurlent dans ma tête) : « Qqqqquoooooooooiii mais c’est pas possiiiiiiiiible tu nous auras tout faiiiiiiit, raclure ! ».
Moi : Qu’est ce que j’ai ENCORE fait, Rodolfo (la voix s’appelle Rodolfo. Oui je sais.)
Rodolfo : Tu as acheté des fleurs malheureux !
Moi : Ben quoi c’est vert les fleurs non ? C’est… c’est … c’est des fleurs quoi !
Rodolfo : Stupidolla ! Les fleurs sont certainement parmi les choses les plus polluantes au monde. Elles sont massivement cultivées au Kenya, en Colombie, en Équateur ou au Zimbabwe (les premiers pays producteurs), puis sont acheminées aux Pays Bas en avion cargo, où elles sont revendues à tous les grossistes européens. Autant dire qu’elles reprennent l’avion ou le camion fissa pour arriver à Rungis le lendemain. L’empreinte écologique d’un simple petit bouquet de 20 roses est de 12 m², soit l’équivalent de 20 kilomètres en bagnole TOUT SEUL. Et en plus la traçabilité des fleurs n’est pas vraiment au point.
Moi : Rhooooo ok, bon bah j’achèterai des fleurs françaises alors…
Rodolfo : Pffffu mais tu ne penses à rien. Les fleurs françaises sont en général cultivée en serre chauffée, éclairée, puis elles sont réfrigérées (et parfois « asséchées » pour tenir plus longtemps). Un bouquet « de serre » produit autant de CO2 qu’un bouquet Kenyan.
Moi : Pffffffff
Rodolfo : Sache une chose, jeune Padawan, l’horticulture est énormément gourmande en pesticides et engrais (HYYYYPER toxiques pour l’environnement et encore plus pour ceux qui travaillent dans les plantations), demande une irrigation intense et occupe la place qui pourrait être dévolue aux cultures vivrières locales. La majorité des fleurs sont génétiquement modifiées, et à « champs ouverts » se disséminent partout au détriment des plantes autochtones (et donc de la biodiversité). De plus, les conditions de travail dans les « sweat shops à fleurs » sont parmi les plus déplorables qui soient (les travailleurs souffrent de façon chronique de maux de tête, problèmes de peau, vision brouillée, pertes d’équilibre, insomnies, nausées, troubles de mémoire, dépression… et sont confrontés à plus long terme au cancer, à des maladies respiratoires, cardiovasculaires ou nerveuses et encore je ne mentionne pas les malformations infantiles effarantes dues aux pesticides horticoles. Du coup, c’est à peine si on s’offusque de leurs rémunérations scandaleusement basses) …
Moi : Ouchhh !!! Y a pas de solutions ? Plus de bouquets et on s’offre des sacs en coton bio pour aller au Monop’ bien que ce soit moyen glam’?
Rodoflo : Si crétinus, voici quelques pistes : acheter des fleurs de saison (en ce moment : les anémones, les chrysanthèmes, les dernières roses, les roses de Noël…), privilégier les cultures locales en pleine terre, si possible sans biocides, sans engrais synthétiques, sans OGM… Et choisir des fleurs qui durent longtemps et en acheter peu à la fois. Maintenant, trouver un fleuriste qui remplisse tous ces critères c’est rêver la vierge en couleur, je te l’accorde…
Moi : ah bah merci !
Rodolfo : Remarque, un joli bouquet de branchages ou d’arbustes peut être une alternative graphique très appréciable. Même en hiver.
Moi : You save my life.

PS: petit conseil pour qu’un bouquet dure longtemps, longtemps, longtemps… Mettez les directement dans l’eau après les avoir achetées, dans un vase en verre PROPRE, coupez quelques centimètre de tige (une coupe propre et franche, donc vous tirez pas dessus et vous ne cisaillez pas la tige avec les dents), enlevez toutes les feuilles immergées dans l’eau, ne les serrez pas trop, ne les mettez pas à côté d’une source de chaleur, dans un courant d’air ou près de fruits (l’éthylène émis par les fruits les fera faner 2 fois plus vite) et changer l’eau tous les jours. Et enfin chaque fleur mérite sa quantité d’eau : un quart de tige pour les plantes à bulbes et 50% minimum de tige pour les autres.

