LAURENCE VICHNIEVSKY !
par ISABELLE

Sur °SMILE°, on ne fait pas de politique. Alors pourquoi avoir rencontré une candidate aux élections régionales ? Presque par hasard, mais sans regrets ! Laurence Vichnievsky, wonder occupée woman, arbore un sourire très sympathique, et écolo.

Laurence a derrière elle, déjà, une brillante carrière de magistrate. C’est elle qui a instruit l’affaire Elf, l’Affaire GIFCO et l’Affaire des frégates de Taïwan. Elle vient de se dessaisir du dossier Erika afin de se consacrer à une nouvelle carrière politique.

On s’installe dans la cuisine, LA pièce des réunions familiales, autour d’un verre moitié jus d’orange et moitié eau.

« Qu’est-ce qui vous a amenée à l’écologie ?
Ayant beaucoup travaillé sur des dossiers sensibles comme l’Erika, qui illustre de façon emblématique l’ampleur du problème, j’ai été directement confrontée aux questions d’environnement. La pollution maritime est un seul des aspects de l’écologie, et il y a d’autres moyens de servir l’intérêt général que d’être magistrat : on peut aussi s’engager en politique. Lorsque Eva Joly m’a demandé de réfléchir à un engagement au sein d’Europe Ecologie, j’ai rencontré de nombreux militants au plan local et national et j’ai dit oui.

La pollution, c’est d’ailleurs un peu comme la corruption. Tant que c’est loin, qu’on ne voit rien, ce n’est pas considéré comme grave. Si ce n’est pas devant notre porte, on ne réagit pas. C’est pour cela qu’il faut une prise de conscience.

Quels sont vos gestes quotidiens pour la planète ?
- j’évite de faire couler l’eau inutilement,
- j’ai baissé d’un ou deux degrés la température de l’habitat, qui est bien isolé,
- je mets moitié de la dose de lessive dans les machines. Cécile Dufflot a été tournée en dérision par le canard enchaîné lorsqu’elle avait proposé ça, mais lorsqu’on y réfléchit bien, une demie dose de lessive, multipliée par le nombre de lessives par an et par habitant, c’est énorme ! Evidemment les lessiviers auraient un manque à gagner conséquent mais ce serait baisser de façon drastique l’impact sur l’environnement. Donc ce n’est pas si ridicule que ça.
- le bio au maximum, mais il ne faut pas être radical, j’ai horreur du sectarisme. D’autant que le bio n’est pas à la portée de tous.
C’est là, aussi, qu’on comprend que si on ne prend pas en compte la crise sociale on ne pourra pas relever le défi.

Quelle est la place, d’après-vous, des grandes organisation mondiales type Greenpeace, WWF ?

Elles sont absolument nécessaires ! D’ailleurs notre liste Europe-Écologie est composée en partie de personnes travaillant au sein de ces associations, ce qui leur apporte l’avantage d’être très proches du terrain. Notre liste est composée également de personnalités politiques et de représentants de la société civile, comme moi.
Il faut parfois aussi des modifications législatives. Je suis une femme de loi, je sais donc de quoi je parle. Mais il ne faut pas n’importe quelles lois et pour prendre les bonnes décisions, il faut de la concertation avec tous les acteurs de terrain et pas seulement avec les associations : c’est la « coélaboration des politiques publiques ». Il faut réfléchir aux alternatives et les développer, mais pas à n’importe quel prix. Des champs photovoltaïques à la place de terrains agricoles, par exemple, seraient une aberration. Les champs d’éoliennes, c’est en vérité moins idyllique que dans Paris-Texas !
D’autre part il faut organiser l’aménagement du territoire. En région PACA, pour l’instant rien n’est coordonné, les transports publics ne sont pas fiables. Tout le monde prend sa voiture !

Ne pensez-vous pas que c’est au final l’économie de marché qui a le dernier mot, via des consommateurs de plus en plus concernés, qui ont fait le choix du développement durable et ainsi  forcé beaucoup d’entreprises à évoluer vers le green ?
Il faut faire attention car le bio est devenu un argument de vente. L’information n’est pas suffisante, il faudrait plus de transparence sur les filières bio et les labels bios.

L’écologie, c’est aussi acheter moins, alors que les grandes entreprises poussent à la consommation. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter totalement de consommer, cela pourrait être répulsif ! La sobriété est prônée par l’écologie politique, mais il ne faut pas que ce soit austère et pénible. J’ai dû moi-même « surconsommer », sans doute, à certains moments. Il faut trouver un nouvel équilibre, afin d’éviter le gaspillage qui est insupportable lorsqu’on sait que tant de gens manquent de tout.

Pour la première fois on se pose la question de la finitude de nos ressources naturelles et de la finitude de l’homme. Il faudra bien trouver des solutions. L’écologie propose de remettre en question les modes de production et de consommation. Aujourd’hui, même les conservateurs parlent de régulation !

Le développement durable, c’est aussi l’égalité entre tous les êtres humains, y compris entre hommes et femmes. Vous êtes une femme, qui a réussi à s’imposer professionnellement. Est-ce que ça a été facile ?
Oui parce que j’ai été élevée comme mon frère. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas rencontré des difficultés dans mon parcours, mais je n’ai pas eu de problèmes majeurs. Il est vrai que dans la magistrature, il y a plus de femmes que d’hommes, mais sur les postes hiérarchiquement élevés, il y a beaucoup moins de femmes. En politique, c’est encore un peu plus difficile.

Pour convaincre la terre entière au développement durable : quel serait votre ARGUMENT INFAILLIBLE ?
Les générations futures auront du mal à survivre.  »

Il y a urgence, on a bien compris, mais Laurence est loin d’être pessimiste. A la recherche « d’autres équilibres », elle emploie son énergie à oeuvrer pour la planète, en apportant « un peu d’air frais ». Avec le sourire.

laurence-vichnievsky

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