Nous sommes le 29 décembre 2009 et j’ai l’étrange impression d’être passée très près de la greffe du foie en urgence. Le régime surprotéiné et je l’avoue légèrement alcoolisé de ces derniers jours a mis mon métabolisme à l’envers.
Cette période de fêtes exceptionnelle tombe à un moment de l’année où le corps a besoin de plus de carburant. Le problème, c’est qu’une partie de la population mondiale est en suralimentation permanente. Si chaque habitant de la planète mangeait de la même façon qu’un américain moyen, il y aurait un sérieux problème de fournisseurs. Pénurie alimentaire, mais aussi de soins médicaux.
Nous, occidentaux privilégiés et bien nourris, sommes tous avertis, et presque tous d’accord sur ce point : nous mangeons trop et c’est mauvais. Au risque d’être politiquement incorrecte (pour une fois) je suis d’accord avec Karl Lagerfeld qui pense que « Personne ne veut voir de femmes rondes dans la mode ». Kate Moss va dans ce sens avec une déclaration controversée « Nothing tastes as good as skinny ».
Les associations de lutte contre les troubles alimentaires se scandalisent que la « brindille » puisse influencer de nombreuses jeunes filles dont elle est le modèle. « Lorsqu’elle justifie même par inadvertance un comportement potentiellement dangereux, c’est regrettable » dénonce Susan Ringwood, de l’association britannique Beat.
Donc en fait, les fameux « canons de la mode » seraient responsables d’attitudes boulimiques ou anorexiques. Pardon, je n’ai pas bien compris. Je résume. D’un côté on mange trop, et mal, et de l’autre on soigne les troubles alimentaires. On remet en cause l’image des femmes dans les media, mais personne ne s’interroge à propos de qualité globale dans l’industrie agro-alimentaire.
Kate a raison, être mince c’est plus sain, c’est plus beau, et c’est plus écolo ! Elle n’a jamais prôné la sous-alimentation. « Skinny » veut dire mince, pas maigre.
La vraie réponse aux troubles alimentaires n’est pas la chasse aux sorcières des catwalks. Il y a bien sûr des causes psychologiques et très particulières sur lesquelles je ne m’avancerai pas, en revanche il me semble que la satisfaction est très importante en matière d’alimentation. Il s’agit d’un problème de société. Les causes les plus flagrantes sont à mes yeux le glissement vers une consommation quotidienne de Junk Food. Ces produits, que nous mettons dans notre bouche, contiennent des apports énergétiques élevés inversement proportionnels aux apports nutritionnels que le corps réclame à travers la sensation de faim.
Nous français avons pour l’instant gardé beaucoup de nos traditions culinaires, nous protégeant ainsi d’une industrialisation massive. Cultivons-les, allons plus loin, même.
L’avenir de la planète -et le nôtre- passe par quelques petites prises de conscience et adaptations.
Mangeons moins de viande ; moins pollué -vive le bio- ; plus local -un fruit jetlaggé, berk- ; prenons du plaisir à trouver des trucs variés dans nos assiettes ; soyons curieux du palais ; mangeons par plaisir ; savourons copieusement de petites quantités ; arrêtons les plats manufacturés qui ne nourrissent pas pour de vrai.
Prenons des repas conviviaux. Hélène Darroze, l’une des meilleurs chefs du monde s’il vous plaît, est elle même convaincue que le fait de partager avec ceux que l’on aime est aussi important que ce qu’il y a dans l’assiette. Cela dit, ce n’est pas du Mac Do, qu’elle met dans son assiette…
© Andreas Schlegel















